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Totalitarisme Franc-maçon - La Franc-Maçonnerie et Voltaire, Son Maître à Penser

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Totalitarisme Franc-maçon - La Franc-Maçonnerie et Voltaire, Son Maître à Penser

Message par Her le Lun 17 Oct - 5:20

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"VOLTAIRE, SA VIE ET SES ŒUVRES"

PAR

M. L'ABBÉ MAYNARD
CHANOINE HONORAIRE DE POITIERS

TOME SECOND

PARIS
AMBROISE BRAY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
20, RUE CASSETTE, 20

1867

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Extrait : "LA MORT DE VOLTAIRE", pages 615 à 621.


- IV - "MORT DE VOLTAIRE"

... Ce travail fut dès lors la grande occupation de Voltaire, et aussi pour lui une source de perpétuelle irritation. La négligence ou la mauvaise grâce de ses confrères le mettait en fureur.
« Ce sont des fainéants accoutumés à croupir dans l'oisiveté, s'écriait-il ; mais je les ferai bien marcher » Et, pour cela, dans l'intervalle de deux séances, il prit en bonne fortune tant de drogues et fit tant de folies, qu'il hâta sa mort. Le travail, l'agitation, le café dont il abusait, lui ayant ôté le sommeil, il reçut de Richelieu un élixir dans lequel il entrait de l'opium ; et, au lieu d'en prendre quelques gouttes, il avala la fiole entière. Dès lors, à la colère contre l'Académie se joignit la colère contre son frère Caïn. Tout cela augmenta sa strangurie, et il entra, a écrit Tronchin, dans un état affreux de désespoir et de démence.

On ne sait quel parti Tronchin prit dans ce moment critique, mais il eut l'approbation de Dalembert, qui lui écrivit : « Vous avez fait , mon cher et illustre confrère, tout ce que la prudence, les convenances et l'humanité exigeaient , et je ne puis, en vous remerciant d'ailleurs beaucoup, qu'approuver le parti que vous avez pris. Ce que vous avez à présent de plus important à Coure, c'est de le tranquilliser, s'il est possible, sur son état (réel ou supposé) ; je passai hier quelque temps seul avec lui, et il me parut fort effrayé, non-seulement de cet état, mais des suites désagréables pour lui qu'il pourrait entraîner ; vous m'entendez sans doute ; et cette disposition morale de notre vieillard a surtout besoin de votre attention et de vos soins ».

Quelle attitude Voltaire s'était-il promis de garder devant la mort, et quelle contenance fit-il, le moment venu ? Le 9 mai 1764, il avait écrit à madame du Deffand : « Ce n'est pas la mort, c'est l'appareil de la mort qui est horrible, c'est la barbarie de l'extrême-onction... On dit quelquefois d'un homme : Il est mort comme un chien ; mais vraiment un chien est très-heureux de mourir sans tout cet attirail dont on persécute le dernier moment de notre vie. » Et à Dalembert, le 26 juin 1766 : " Je mourrai, si je puis, en riant". Il ne mourra pas en riant, mais en frémissant de rage ; ni même comme un chien, mais comme un forcené. De tous ses pronostics, un seul s'accomplira, celui qu'il avait exprimé dans sa lettre à la Clairon du 10 septembre 1764 , au sujet du curé de Saint-Sulpice : « Ce qui est sûr, c'est que ce maraud-là ne m'enterrera pas ».

La prophétie de Tronchin se réalisa plus complètement. Le docteur avait écrit à son frère : « Voltaire est très-malade. S'il meurt galment, comme il Ta promis, j'en serai bien trompé ; il ne se gênera pas pour ses intimes, il se laissera aller à son humeur, à sa poltronnerie, à la peur qu'il aura de quitter le certain pour l'incertain. Le ciel de la vie à venir n'est pas aussi clair que celui des îles d'Hyères ou de Montauban pour un octogénaire né poltron et tant soit peu brouillé avec l'existence éternelle. Je le crois fort affligé de sa fin prochaine ; je parie qu'il n'en plaisante point. La fin sera pour Voltaire un fichu moment. S'il conserve sa tête jusqu'au bout, ce sera un plat mourant ».

Tronchin avait signifié au malade son arrêt de mort. « Tirez-moi de là, » avait demandé le malade ; à quoi le docteur s'était vu forcé de répondre : « Impossible, il faut mourir ! » Le 30 mai, informé de son état, l'abbé Gaultier avait écrit de nouveau à Voltaire ; et, le soir, l'abbé Mignot vint le chercher de la part du mourant, qui ne l'avait certainement pas demandé, et n'avait même pas lu son billet. L'abbé était porteur d'une rétractation très-explicite, et avait exigé le curé de Saint-Sulpice pour témoin. La rétractation fut lue et approuvée par l'abbé Mignot, qui s'engagea à la faire signer ; lue et approuvée par le marquis de Villette, qui déclara ne s'y opposer pas : l'un et l'autre, ils savaient bien que le malade ne voudrait ni ne pourrait signer. Les deux prêtres introduits dans la chambre de Voltaire, le curé parla le premier, mais ne put se faire reconnaître. L'abbé parla à son tour, et, se sentant saisir les mains, il eut un léger espoir, bientôt déçu par cette étrange parole : « M. l'abbé Gaultier, je vous prie de faire mes compliments à M. l'abbé Gaultier. » Et le délire continua. L'abbé sortit, en priant la famille de le rappeler si la connaissance revenait au malade. Quelques heures après, le malade était mort.

Tel est tout le récit du prêtre. Les amis ont amplifié la scène, soit par des circonstances vraies, soit par des détails destinés à montrer leur chef fidèle jusqu'au bout à son impiété. A l'annonce de l'arrivée des deux prêtres, le malade dit : « Assurez-les de mes respects » ; au nom du curé, en lui baisant la main : « Honneur à mon curé ! » au nom de l'abbé Gaultier, son confesseur : « Faites-lui mes compliments et mes remerciements ». Le curé s'approcha alors et demanda : « Reconnaissez-vous la divinité de Jésus-Christ ? » Et le moribond, la main ouverte et le bras tendu, repoussa le pasteur en lui touchant la tête, et répondit d'une voix haute et ferme, en se tournant brusquement de l'autre côté : « Laissez- moi mourir en paix ! » Le curé revenante la charge et reposant sa question, Voltaire, après avoir recueilli toutes ses forces et toute sa violence, le repoussa d'un coup de poing en disant : « Au nom de Dieu, ne me parlez pas de cette homme-là ! » — « Vous voyez bien qu'il n'a pas sa tête, » dit alors le curé au confesseur, et ils sortirent l'un et l'autre. La garde s'approcha, et le malade, montrant de la main les deux prêtres qui sortaient, dit d'une voix forte : « Je suis un homme mort ! »

Que se passa-t-il entre la sortie des deux prêtres et le dernier soupir de Voltaire ? Les philosophes se sont donné le mot pour dire qu'il s'éteignit doucement ; qu'il mourut comme il avait vécu, sans faiblesse et sans préjugé, avec le calme et la résignation d'un philosophe qui se rejoint au grand Être.

Mais, d'après d'autres récits, beaucoup plus authentiques, il mourut dans la rage et le désespoir, répétant : « Je suis abandonné de Dieu et des hommes ! » Il criait aux faux amis qui assiégeaient son antichambre : « Retirez- vous ! c'est vous qui êtes la cause de l'état où je suis. Retirez- vous ! Je pouvais me passer de tous vous autres ; c'est vous qui ne pouviez vous passer de moi ; et quelle malheureuse gloire m'avez-vous donc value ! » Et au milieu de ses terreurs et de ses agitations, on l'entendait, simultanément ou tour à tour, invoquer et blasphémer le Dieu qu'il avait poursuivi de ses complots et de sa haine. Tantôt d'une voix lamentable, tantôt avec l'accent du remords, plus souvent dans un accès de fureur, il s'écriait : « Jésus-Christ ! Jésus- Christ ! » Richelieu, témoin de ce spectacle, s'enfuit en disant : « En vérité, cela est trop fort, on ne peut y tenir ! »

L'horrible drame continua. Le moribond se tordait sur sa couche, se déchirait avec les ongles. Il demandait l'abbé Gaultier; mais les adeptes, présents dans l'hôtel, empêchèrent qu'un prêtre, recevant les derniers soupirs de leur patriarche, ne gâtât l'œuvre de la philosophie. A l'approche du moment fatal, une nouvelle crise de désespoir s'empara de son âme. « Je sens, criait-il, une main qui me traîne au tribunal de Dieu ». Et tournant vers la ruelle de son lit des regards effarés : « Le diable est là ; il veut me saisir... Je le vois... Je vois l'enfer... Cachez-les-moi ». Enfin, il se condamna lui-même réellement à ce festin auquel son ignorance et sa passion antibiblique avaient fait asseoir si souvent le prophète Ezéchiel ; et, sans moquerie cette fois, dans un accès de soif ardente, il porta à sa bouche son vase de nuit et en vida le contenu. Puis il poussa un dernier cri, et expira au milieu de ses ordures et du sang qui lui sortait par la bouche et les narines.

Entre ces deux récits, il n'y a pas d'hésitation possible. Les philosophes étaient intéressés à mentir ou à se taire, et il avait été expressément défendu à tous les gens de la maison de parler. Mais Tronchin avait parlé, lui ; et c'est sur les conversations de Tronchin que s'appuyaient tous les narrateurs dont on vient de lire les récits condensés. Non-seulement il avait parlé, mais il avait écrit. Le 20 juin, quelques jours après la mort de Voltaire, il avait adressé à Charles Bonnet cette lettre, conservée en original à Genève : « Si mes principes avaient besoin que j'en resserrasse le nœud, l'homme que j'ai vu dépérir, agoniser et mourir sous mes yeux, en aurait fait un nœud gordien ; et en comparant la mort de l'homme de bien, qui n'est que le soir d'un beau jour, à celle de Voltaire, j'ai vu bien sensiblement la différence qu'il y a entre un beau jour et une tempête... Je ne me le rappelle pas sans horreur. Dès qu'il vit que tout ce qu'il avait tenté pour augmenter ses forces avait produit un effet contraire, la mort fut toujours devant ses yeux ; dès ce moment, la rage s'est emparée de son âme. Rappelez vous les fureurs d'Oreste ; ainsi est mort Voltaire : « Furïïs agitatus obiit ».

Plus tard, les gens de la maison eurent la langue déliée, et parlèrent à leur tour : « Si le diable pouvait mourir, ont-ils raconté, il ne mourrait pas autrement. »

Enfin, Belle-et-Bonne, revenue à de meilleurs sentiments, parla, et, pendant les fréquents séjours que son frère, évêque d'Orléans, faisait chez elle à Paris, le secrétaire de l'évêque, devenu évêque à son tour, recueillit de ses lèvres, dans l'épanchement de l'intimité, tous les détails de la mort de Voltaire. Or, aucune des particularités les pins ignobles relatées par les précédents narrateurs ne manquait à ses récits, pas même les ordures dont se remplit la bouche expirante qui en avait tant vomi !

Ainsi finit, vers onze heures du soir, ce long festin de Balthazar, pendant lequel l'impie avait souillé tous les vases du
temple. Mais le sacrilège était mort de terreur en voyant une main vengeresse écrire sur la muraille de la chambre funèbre et lui jeter en défi la formule de ses blasphèmes : « Écrase donc l'infâme ! »


"SÉPULTURE ET JUGEMENT"

Une telle mort après une telle vie rendait impossible la sépulture chrétienne. La famille le savait bien, et, pendant l'agonie même, elle avait pris ses précautions » L'abbé Mignot, digne neveu du prince des menteurs et des fourbes, avait joué l'Église. Dès le 27 mai, il avait fait légaliser la profession de foi insuffisante et menteuse du 2 mars pour s'en faire un titre
contre elle. Le 30 mai, avant la sortie des deux prêtres de l'hôtel Villette, il se fit donner cet en-cas du curé de Saint-Sulpice : « Je consens que le corps de M. de Voltaire soit emporté sans cérémonie, et je me dépars à cet égard de tous droits curiaux » ; puis ce certificat de l'abbé Gaultier : « Je certifie à qui il appartiendra que je suis venu à la réquisition de M. de Voltaire, et que je l'ai trouvé hors d'état de l'entendre en confession ».

Tout cela, répétons-le, était un coup monté de l'abbé Mignot, magistrat respectable, dit cette bonne dupe d'abbé Gaultier, qui mit tout en œuvre pour engager Voltaire à mourir en vrai chrétien ». Muni de ces pièces, Mignot voulait extorquer
une sépulture ecclésiastique. Pour se donner le temps de négocier, il cacha soigneusement la mort de son oncle. Le Journal de Paris, qui annonçait toutes les morts, n'annonça pas celle-ci, et la Gazette de France ne l'enregistra que le 8 de juin. Le 31 mai, madame du Deffand, la bonne amie visitée plus d'une fois par Voltaire, écrivait à Horace Walpole : « Vraiment, j'oubliais un fait important, c'est que Voltaire est mort ; on ne sait ni l'heure ni le jour ; il y en a qui disent que ce fut hier, d'autres avant-hier. L'obscurité qu'il y a sur cet événement vient, à ce qu'on dit, que l'on ne sait ce que l'on fera de son corps ».
Pendant plusieurs jours, les nouvellistes les mieux informés ne surent ni ce qu'était devenu, ni ce que deviendrait le cadavre, et il était déjà inhumé qu'on en ignorait encore le détail.

Cependant l'abbé Mignot, armé de la profession de foi hypocrite, du billet de confession menteur, de la réquisition menteuse que le mourant avait faite d'un prêtre, sommait le curé de Saint-Sulpice d'enterrer son oncle. Le curé refusa. L'abbé fit intervenir Amelot, ministre de Paris. Au ministre comme au neveu, le curé, appuyé de l'archevêque, répondit qu'il avait tout fait pour pallier et sauver les apparences; mais que, poussé à bout par une incrédulité persévérante, aucune puissance ne le contraindrait à donner la sépulture chrétienne à l'ennemi du christianisme. Le roi, consulté, avait dit : « Il faut laisser faire les prêtres. » Toutefois, il avait ajouté : « Qu'on tâche d'éviter l'éclat et le scandale ! » C'est pourquoi Amelot conseilla à Mignot d'éviter le scandale du procès dont il menaçait le curé, procès, disait avec raison le ministre, qui le compromettrait lui-même, et nuirait plus qu'il ne servirait à la mémoire de son oncle. Et il lui délivra un permis de transporter le cadavre pour être inhumé « à Perney ou ailleurs ».

Cet ailleurs était encore une précaution nécessaire. Ce qu'avait été Voltaire avec l'évêque d'Annecy, nous le savons, et il
était à craindre que la sépulture chrétienne fût refusée à Perney comme à Paris. De plus, Christophe de Beaumont avait
engagé, dit-on, l'évêque d'Annecy, qui n'avait pas besoiu du conseil, à faire défense au curé de Ferney d'enterrer Voltaire
dans le tombeau qu'il s'était préparé, et de lui célébrer aucun service dans son église.

Pendant ces négociations, dont on ne prévoyait pas le terme, on avait procédé à l'embaumement du cadavre. Le chirur-
gien Try, chargé de l'opération, jeta, disent les uns, dans les latrines les entrailles, qui, suivant les autres, furent en-
fouies obscurément par un fossoyeur de St-Sulpice. Le cervelet fut distrait par l'apothicaire Mitouard, dont le fils, assure-t-on, le conservait encore, plongé dans de l'esprit de vin, il y a quelques années. Quant au viscère racorni qu'on a appelé le
cœur d'un homme qui n'eut jamais de cœur, Villette s'en empara sur une permission verbale de madame Denis, contre la-
quelle la famille protesta ensuite vainement, et on en sait la curieuse odyssée des mains des Villette aux mains d'un
évêque, jusqu'à sa récente arrivée à la Bibliothèque impériale...

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Commentaire d'Hercule : Moralité de ce récit - On ne médite jamais assez sur ses fins dernières...

Her

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